26.04.2008

L'éloge de la beauté

A mon âme destinée,


J’ignore où tu vis, si même tu existes. Mais l’irrépressible certitude de t’aimer déjà, me pousse à mettre par écrit ces mots que jamais peut-être tu ne liras.

Et si je t’aime indéniablement, c’est que, quelque part, tu existes, ne serait-ce qu’en moi, alors même si nos corps jamais ne se touchent, je sais les vérités que j’écris dans cette lettre.

Tu es celle qui ressent la chaleur des pensées issues de mon cœur ; parcourant le globe elles se posent sur ta peau avec la douceur que met une plume à caresser le vent.

Notre similaire conscience du vide connecte nos sourires libérés. Tes lèvres sont les plus belles car elles goûtent des miennes l’éternité silencieuse.

Je ne toucherai aucun autre corps que le tien, tellement me paraissent vains une étreinte incomplète, une caresse désunie, un baiser sans amour, une union des corps sans les âmes.

Je ne te cherche pas ; si la vie le désire, elle nous fera nous trouver. Je te ressens déjà dans toutes les beautés qui font mon être vibrer.

Je suis dans chacun des instants qui te font savourer le présent, tu es dans chacun des miens, passés et futurs.

Tu connais comme moi la beauté qu’est la chute des mots dans le vide de l’autre. J’y ferai aussi chuter mes baisers, ma présence, mon évanescente solitude pour qu’elle fusionne avec la tienne dans une parfaite quiétude.

Te décrire c’est faire l’éloge de la beauté.

Je ne t’attends pas. Je n’attends pas ta présence pour t’aimer. Je t’aime.

 

 

( consigne d'écriture : paroles plurielles

14.04.2008

Le marbre de ma mémoire

Je glisse dans l’eau tiède et m’accroche au rebord bien qu’ayant pied. Le menton posé sur le matelas de mes bras repliés, face à la villa, dos au soleil, je t’observe approcher.

Je respire tranquillement ces instants éternels qui sculptent leurs dessins dans le marbre de ma mémoire. Je scrute le bruit que produisent tes pieds nus sur l’herbe tendre, je souris de ton attention à ne pas perdre une goutte des deux cocktails que tes doigts nous apportent, je savoure le fil de tes courbes qui tisse ton corps dans mes yeux.

Sans un mot, tu poses les verres au bord de l’eau. Nos sourires complices en disent assez. Tu te glisses à ton tour dans la tiédeur du murmure des clapotis. Nos anatomies amoureuses se plaisent à savoir nos âmes l’être aussi. Nous baignons dans l’été de nos vies. C’est le bonheur que j’enlace en collant ton corps au mien. Nos lèvres se parlent une langue inédite.

Je t’aime éternellement car cet instant se grave à jamais.

 

( consigne 16 sur kaleiodoplumes

17.03.2008

Alors que j'écris ces lignes

Consigne d'écriture : Kaleïdoplumes

 

J’aurais aimé pouvoir lui parler, les fantômes savent tant de choses mais ignorent les essentielles. Je lui aurais appris que s’accrocher à l’humanité c’est perdre la sienne, que nos sens sont à rendre à la Terre, qu’après la mort c’est comme avant la naissance : le claquement de doigt d’une éternité.

Je lui aurais murmuré que la non-présence n’est pas le vide, que la vie n’appartiendra jamais à personne, même le temps d’une vie.

Il aurait versé ces dernières larmes humaines pour ensuite pleurer de béatitude. Son être vaporeux se serait dissipé, rendant à l’air les derniers atomes auxquels il s’accrochait.

J’aurais aimé mais…mais…

Alors que j’écris ces lignes, je sens à nouveau sa présence. Il est là. Il me transmet qu’il m’a entendu lui écrire.

Il me demande de vous faire parvenir ces mots : « J’ai voulu chercher même après ma mort, celle que je n’ai pas trouvé durant ma vie. Celle qui était faite pour recevoir mon amour et dont j’étais conscient qu’elle n’existait peut-être pas. J’ai gardé, ma vie durant, cet amour pour moi, je n’en ai témoigné l’existence à personne. J’attendais de ne l’offrir qu’à elle, sentant que cet amour pur était trop précieux. J’ai été contraint d’abandonner le monde des vivants plus tôt que prévu, j’ai regretté de n’avoir pu ne serait-ce qu’exprimer mon amour pour elle au monde. Depuis trop de temps, j’erre, solitaire, dans cette obscurité des regrets, je t’ai entendu, toi le vivant, et, oui, il me faut rejoindre cette éternité blanche dont j’entends le tranquille appel. Avant de me dissiper, je tenais à faire parvenir ce message : Aimez-la ! Aimez-le ! Car celle ou celui vers qui se tend tout votre amour, le recevra d’une façon ou d’une autre. Ecrivez comment vous l’aimer ! Criez-le au monde. Ne cessez jamais d’exprimer la façon dont vous aimez. Car sachez que cet amour est reçu, transmis au delà même du temps et des continents. C’est mort que je l’ai appris, car c’est à l’instant que j’ai compris que l’Amour…c’est le don de soi. »

Je vois l’air scintiller de milliers d’éclats invisibles. Ca y est, il a compris qu’il devait s’abandonner pour pouvoir enfin aimer.

Je devrais être bouleversé et stupéfait de tous ces événements vécus à l’instant et transmis à vous par ces mots. Je ne suis que souriant. Souriant parce que j’ai la chance, moi qui suis encore bien vivant, de l’aimer, de le dire, de l’écrire, alors même qu’elle n’existe pas encore dans ma vie…